Le grand siècle du Marais et le Street Art

Place des Vosges, le palais de la Reine

Depuis la rentrée, nous avons découvert dans le quartier du Marais de jolis portraits colorés réalisés par le street artiste C215. Grace à ces portraits, le Marais du XVIIe siècle reprend vie.
A l’époque ce quartier à la mode, chanté par les poètes et habité par l’élite de la Cour, était aussi le centre culturel, intellectuel et artistique de Paris. 
Il devint le siège d’une brillante société, où les arts et les lettres s’épanouissent.
On a donc décidé de vous parler de cette belle initiative intitulée Le Grand Siècle du Marais !

L’artiste C215 nous offre une visite du Marais du XVIIe

Christian Guémy, alias C215, nous avait déjà régalé,en 2018, avec sa série de portraits « Illustres » consacrée aux grands hommes et femmes du Panthéon.

Cet événement éphémère s’intitule « Portraits du Grand Siècle du Marais »:
Les portraits représentent les habitants célèbres qui ont fait l’histoire du quartier.
Vous les découvrirez apposés au pochoir sur du mobilier urbain, vous savez ces coffres marrons « armoires électriques de commande de l’éclairage public ».

Au total, ce sont 21 personnages du XVIIe siècle que nous pouvons voir (vite!) au gré des rues du 4e et 3e arrondissement.

Nous, on trouve que c’est une bien belle façon de  mettre en lumière l’activité culturelle, intellectuelle et artistique qui régnait dans ce quartier il y a plus de 300 ans. Cela a été l’occasion de nous replonger dans l’histoire de Paris en suivant un parcours original, ludique et gratuit.

 

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Déjà 11 oeuvres peintes sur le parcours #legrandsiecledumarais ! @mairie4paris

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Le XVIIe siècle, l’âge d’or du Marais

La balade du « grand siècle du Marais » nous fait lever les yeux, pousser des portes ou apprécier le silence d’un jardin. Ces hommes et ces femmes que nous avons plus l’habitude de croiser dans les livres ou les musées, sont replacés dans le contexte du XVIIe, car, ici,  ils sont littéralement chez eux !

Alors revivons au fil des pochoirs de C215 la belle Histoire du Marais du XVIIe.

Louis XIII et la place des Vosges

Commençons notre visite « guidée » du Marais  par le portrait de Louis XIII à l’angle de la rue des Tournelles et la rue du Pas de la Mule, tout proche de la Place des Vosges.
Elle est classée aux monuments historiques depuis 1954 et est la place la plus ancienne de Paris.

Louis XIII - pochoir street art C215 statue de louis XIII place des vosges

Une statue équestre de Louis XIII trône au milieu de la place depuis 1639. Celle que nous voyons date de 1825, car la première fut détruite pendant la révolution. Et c’est sur cette place que tout commence…

En 1604, Henri IV confia à Sully la construction de la Place Royale. Pour marquer le caractère royal du lieu, il impose une coûteuse architecture ordonnancée, avec de riches matériaux : pierre, brique et ardoise. Le roi souhaite également un terre-plein central pour que les parisiens puissent s’y promener… Qu’à cela ne tienne, quatre siècles plus tard, les parisiens profitent toujours du lieu !
La place des Vosges, qui s’appelait alors Place Royale, est inaugurée en 1612 à l’occasion des fiançailles  de Louis XIII et Anne d’Autriche. Le spectacle est grandiose ! Des parades, des défilés se succèdent, un grand carrousel est aussi organisé par la noblesse d’épée : ce spectacle, qui prend la forme d’un grand tournoi, est intitulé « le Roman des chevaliers de la gloire »
La Place Royale devient alors le centre de la vie mondaine du Marais du XVIIe.

Place des Vosges ancienne place Royale

 

Ninon de l’Enclos tient salon rue des Tournelles

A l’angle de la rue des Tournelles et la rue du Pas de la Mule, tenant compagnie à Louis XIII, se trouve un portrait de Ninon de L’Enclos.

Ninon de l'Enclos -pochoir C215 le grand siècle du Marais Ninon de l'Enclos

En 1667, Anne de l’Enclos s’ installe au 36 rue des Tournelles où elle va tenir un Salon qui devint un des grands lieux mondains du Marais. Elle gagne par son charme, sa culture et surtout son esprit, l’attention de l’élite intellectuelle parisienne : Scarron et son épouse la marquise de Maintenon, Racine, Molière, Boileau, le marquis de Sévigné, La Rochefoucauld et même Louis XIV.
Elle meurt en 1705 à l’âge de 85 ans !

Sully, Ministre du Roi Henri IV

Dirigez-vous dans  l’angle de numéros 5 et 9 de la place des Vosges. Passez la petite porte et appréciez ce magnifique jardin à la française, un peu coupé du monde. Vous êtes dans le jardin de l’hôtel de Sully,

Jardin de l'hotel de Sully - Le Marais
Traversez le jardin, la terrasse pavée et la cour principale pour ressortir rue Saint Antoine. En face, vous trouverez le portrait de Sully.

Duc de Sully -Street Art Pochoir C215 Le grand siècle du Marais

Maximilien de Bethune était l’ami et le ministre d’Henri IV. S’il est resté ainsi dans la postérité, c’est qu’il aura su redresser les finances du royaume (entre autre!), alors ruiné par les guerres de religion.
Le Duc de Sully, fait l’acquisition de ce bel hôtel particulier en 1634 et lui laissera son nom. Madame de Sévigné était reçue régulièrement chez le duc et la duchesse de Sully.

A l’époque où le duc de Sully achète l’hôtel il a 74 printemps, il sortait tous les jours faire sa promenade, entouré de ses gardes et ses gentilshommes, tout recouvert de bijoux et d’or.

Sully reste présent dans la mémoire collective par la phrase célèbre « Labourage et pâturage sont les deux mamelles de la France », un mot historique qui n’a pas été prononcé mais écrit et qu’on peut lire dans les Œconomies royales.

L’hôtel de Sully abrite désormais le Centre des Monuments Nationaux. Depuis 2012, les appartements de la duchesse ont été entièrement rénovés et ouverts à la visite (sur réservation)

Partons maintenant sur les pas de Madame de Sévigné. Pour cela nous allons revenir sur nos pas et retourner sur la place des Vosges. En sortant du jardin, vous aurez cette fois ci la vue sur le bâtiment du fond, qui n’est autre que l’ancienne orangerie de l’hôtel.

Mme de Sévigné et l’hôtel Carnavalet

Depuis la place des Vosges dirigez-vous vers la rue des Francs-Bourgeois et continuez jusqu’à l’angle de la rue de Sévigné. Madame de Sévigné vous y attend.

Marquise de Sévigné - Pochoir du street artiste C215 le grand siècle du Marais Madame de Sévigné - Peinture XVIIe

Marie de Rabutin-Chantal est certainement la plus Maraichine de tous ces illustres personnages.

La piquante marquise de Sevigné est une personnalité incontournable des salons les plus en vue de XVIIe.
Femme de Lettres, elle nous laisse, à travers ses correspondances, en particulier celle avec sa fille, Madame de Grignan, une œuvre remarquable, qui dresse un portrait fidèle de la société du XVIIe siècle relatant les petits et grands événements de son époque.

Elle passera sa vie entière dans le quartier du Marais où elle nait en 1626 au 1 bis, place de Vosges, l’Hôtel de Coulanges construit en 1607 par son grand-père maternel. Elle y vit jusqu’à ses onze ans.

Par la suite, elle aura 8 autres domiciles, l’occasion de les découvrir en flânant dans les rues et places du Marais.

  • une dépendance de l’hôtel de Coulanges (ancien hôtel particulier construit pour les Scarron), aujourd’hui au 35-37 rue des Francs-Bourgeois,
  • 11 rue des Lions-Saint-Paul, avec son mari entre 1645 et 1650 (lieu de naissance de sa fille)
  • rue Saint-Avoye : actuelle partie de la rue du Temple, comprise entre Michel-le-Comte et la rue Saint-Merri
  • 8 rue de Thorigny (hôtel disparu), avec sa fille et son gendre
  • 8 rue du Parc Royal, chez ses cousins Coulanges, entre fin 1671 et mai 1672, car la variole menace la rue Thorigny
  • 14 rue Elzévir (à l’ époque, rue des 3 pavillons), entre mai 1672 et 1677
  • 8 rue de Montmorency (alors rue Court au vilain), la maison n’existe plus

Sa dernière et plus chère résidence était l’hôtel Carnavalet qu’elle loue à un financier entre 1677 et 1696.

Hôtel Carnavalet - rue de Sévigné dans le Marais

La rue qui le borde, nommée autrefois rue Culture Sainte-Catherine, a été rebaptisée en 1867 rue de Sévigné en hommage à la marquise. Cet hôtel, construit en 1548, est remanié au XVIIe siècle par François Mansart.
Il accueille aujourd’hui le musée de l’Histoire de Paris au 23, rue de Sévigné. Un  bel endroit pour représenter le grand siècle du Marais.

François Mansart, architecte de génie

En remontant de quelques mètres la rue des Francs-Bourgeois, tournez à droite dans la rue Payenne. Juste avant d’arriver aux grilles du square Georges Cain, vous trouverez le pochoir de Mansart.

François Mansart -pochoir de C215 le grand siècle du Marais Dessin crayon François Mansart

En face, au n°5 , il ne reste pas grand chose de la modeste maison de François Mansart, architecte de génie.  Mansart est considéré comme le précurseur de l’architecture classique en France.
Voici quelques-unes de ses oeuvres (impressionnant!) :

  • Château de Maisons-Laffitte,
  • Château de Fresnes,
  • Galerie Mazarine de la bibliothèque Richelieu,
  • Eglise Notre-Dame-du-Val-de-Grâce,
  • Temple du Marais,
  • Hôtel de Blérancourt,
  • Hôtel de Chavigny …

Sa maison du Marais fut détruite puis reconstruite en 1844. En 1903, un groupe positiviste y achète un appartement pour en faire une chapelle de l’Humanité.

Le splendide Hôtel de Guénégaud, 60, rue des Archives, entièrement remanié entre 1651 et 1653 par François Mansart, est l’unique Hôtel particulier du célèbre architecte à subsister aujourd’hui dans son intégrité.

Madame de Scudéry « Sapho »

Femme de Lettres et précieuse, elle fréquente l’hôtel de Rambouillet  lance son salon rue du Temple en 1652 puis à l’angle de la rue des Oiseaux et de la rue de Beauce en 1670.
Elle est l’auteure de nombreux ouvrages à succès comme Cyrus ou Clélie. On lui doit aussi la fameuse Carte de Tendre.

Comme Ninon et Madame de Sévigné, c’est une militante féministe avant l’heure. Elle aussi revendique l’éducation et l’autonomie financière des femmes.

Ses œuvres ont donné vie à des émotions nouvelles dans la littérature, comme la mélancolie, l’ennui, l’inquiétude et certaines douces rêveries.

En 1671, elle marque l’histoire en devenant la première femme à recevoir le prix de l’éloquence de l’Académie française pour son Discours sur la gloire.  Mais l’Académie n’acceptant pas les femmes, c’est son frère Georges qui devient académicien.
Cependant, elle sera reçue à l’académie des Ricovrati, en 1684,  succédant à Elena Cornaro Piscopia, première femme au monde à recevoir un diplôme universitaire.

Madame de Scudéry s’inscrit donc, sans hésitation, dans le grand siècle du Marais.

Molière et sa troupe de l’Illustre-Théâtre

Sur les quais, au niveau du 28 quai des Celestins, Molière et Corneille nous regardent.

Car c’est ici, qu’en 1644, Molière s’installe avec sa troupe. Le jeu de paume de la Croix Noire, dans le quartier du port Saint-Paul, était situé  au niveau actuel du 32 quai des Célestins. Molière vivait au coin de la rue des Jardins Saint-Paul.
À proximité des riches habitations du Marais et de la place Royale, la troupe vient chercher des conditions plus favorables.

Molière écrira sa pièce  » les précieuses ridicules » en 1659 . Cette oeuvre de théâtre n’est autre qu’une caricature des bourgeoises de province voulant imiter les aristocrates parisiennes.

Si vous êtes sur les quais, prenez le pont de Sully (encore  lui !) et allez admirer l’hôtel Lambert sur l’île Saint-Louis.

Louis Le Vau et l’hôtel Lambert

Louis Le Vau se fait discret sur l’Ile Saint Louis. Mais il est là, en face du square Barye et non loin de l’hôtel Lambert, incontestablement le plus remarquable hôtel particulier de Paris 

Louis Le Vau - pochoir c215 - Le grand siècle du Marais Hôtel Lambert - Ile Saint Louis-le grand siècle du Marais
Louis Le Vau en est l’architecte. Il va s’associer aux peintres Charles Le Brun et Eustache Le Sueur pour la réalisation des décors. Véritable chef d’oeuvre, il possède des intérieurs somptueux comme la galerie d’Hercule ou encore le cabinet des bains.
La galerie d’Hercule inspirera la galerie des glaces de Versailles
C’est une demeure de 4 000 m² classée monument historique depuis 1862. Elle est située à la pointe de l »Ile Saint-Louis au 2 rue Saint-Louis-en-l’Ile

Louis Le Vau est l’architecte de l’hôtel Lambert mais aussi du château de Vaux-le-Vicomte. Il nous laisse le style Louis XIV où le classique à la française se marie au baroque.

 

Portrait au pochoir de Louis Le Vau par C215 Portrait de Louis Le Vau par Pierre Rabon

Voici quelques-unes de ses oeuvres :

  • Château de Vaux-Le-Vicomte
  • Le collège des Quatre-Nations ( Institut de France)
  • Agrandissement du Louvre
  • Rénovation et agrandissement du Château de Versailles (Grand Trianon)

Ainsi, le grand siècle du Marais nous a laissé les beaux hôtels particuliers de la capitale. rivalisant de luxe et de nouveautés.
En signature, nous retrouvons les meilleures architectes, décorateurs, peintres et sculpteurs de l’époque : Le Vau (Hôtel Lambert, Versailles), Le Sueur ( hôtel Lambert), Le Brun, Mignard…
Des demeures d’un raffinement exceptionnel pour accompagner l’intensité intellectuelle qui s’y jouait.
Un bel hommage du street art à tous ceux qui ont façonné le Marais que nous aimons tant.

ON VOUS EN PARLE :

  • Le Musée Carnavalet, musée de l’histoire de Paris fermé pour travaux depuis 2016, ouvrira bientôt ses portes, pour le printemps 2020. On a hâte !
  • L’Ancien Jeu de Paume de l’ïle-Saint-Louis, est le seul édifice encore existant. C’est aujourd’hui un magnifique hôtel 4 étoiles qui a gardé les majestueuses poutres tricentenaires et les pierres apparentes.

couverte 2 - LE grand siècle du MArais

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