A la découverte des 7 enceintes de Paris

Il n’en demeure aucun vestige de nos joursParis telle que nous la connaissons aujourd’hui s’est évidemment agrandie au fil des siècles. On dénombre 7 enceintes dans l’histoire de Paris, ayant sans cesse évolué depuis l’Antiquité jusqu’au XIXe siècle. Dès la période gallo-romaine les premières fortifications apparaissent pour parer à d’éventuelles attaques et protéger la population.

Englobant petit à petit des quartiers, des faubourgs cités encore dans certains axes comme le faubourg Saint Jacques ou faubourg Saint Martin, la capitale que nous connaissons aujourd’hui s’est façonnée à travers ses enceintes, symboles de son histoire. Découvrons ensemble le passé des enceintes de Paris.

Par ici était… l’oppidum

Revenons au temps des Parisii, il est très compliqué d’établir avec certitude l’implantation géographique de leur place forte, ou oppidum. Il semblerait que les ancêtres des parisiens n’aient pas choisi l’île de la cité pour se fixer, comme nous voudrions tous le croire…

Jules César lui-même certifie et mentionne dans la Guerre des Gaules la construction d’un mur d’enceinte en bois pour parer à d’éventuelles attaques. Mais l’île n’avait alors pas le même aspect, et la présence d’aucun vestige de cette époque permet de confirmer que les premières délimitations de Paris datent bien de la période gallo-romaine.

Un Cardo, des arènes et les enceintes… voici Lutèce

La Lutèce gallo-romaine se développe sur la rive gauche mais par crainte des invasions barbares, les habitants se concentrent, avec certitude cette fois, sur l’île de la cité. Une enceinte est construite pour se protéger, une partie des pierres proviennent des arènes, assez éloignées du centre pour l’époque, dans l’actuel 5e arrondissement…

La Seine est à l’époque bien plus large et le sol se situe à environ une douzaine de mètre plus bas qu’aujourd’hui. Le square du vert galant, à l’extrémité ouest de l’île offre un aperçu concret du niveau initial. La fortification s’ouvre sur l’axe principal, le Cardo Maximus, actuelle rue Saint Jacques, qui permet l’accès d’une rive à l’autre.

A échelle actuelle, l’enceinte contient le boulevard du Palais, la préfecture de police, le marché aux fleurs, l’hôtel Dieu, une partie du square Jean XXIII et surtout la cathédrale Notre Dame et son parvis. On peut d’ailleurs admirer dans la crypte archéologique de Notre Dame les rares vestiges de l’enceinte gallo-romaine, d’autres étant disséminés dans des caves privées. 

Les Carolingiens plutôt rive droite

C’est à partir du Xe siècle que Paris s’étend sur la rive droite avec la construction de l’enceinte Carolingienne. Il n’en demeure aucun vestige de nos jours mais le tracé des rues de l’époque a permis d’en déceler les limites. Pour mieux situer, l’extension s’est orientée vers les églises de la rive droite, Saint Gervais, dans le Marais, Saint Merri, dans le quartier de Beaubourg et Saint Germain l’auxerrois, à proximité du Louvre. 

La Tour de Nesle de Philippe Auguste

Succède ensuite au XIIe siècle l’enceinte Philippe Auguste, qui nous semble encore aujourd’hui plus parlante grâce aux vestiges disséminés dans la capitale, Paris s’étend alors sur la montagne Sainte Geneviève rive gauche et en direction de l’abbaye de Saint Denis rive droite.

Composée d’une muraille de 10 mètres de haut et 3 mètres de large, d’une dizaine de portes et de poternes et de 4 tours aux extrémités est et ouest, son tracé a été délimité avec certitude. Au sud la porte Saint Marcel, au niveau de la rue Mouffetard, au nord la Porte Montmartre au niveau de la rue Montmartre, à l’est les Tours Barbeau et Tournelle sur les actuels quai des Célestins et quai de la Tournelle et enfin à l’ouest la Tour qui fait le Coin au niveau du Louvre. La célèbre Tour de Nesle se dresse quai de Conti, côté Institut de France.

Les nombreux vestiges encore visibles de l’enceinte apparaissent parfois dans des lieux plutôt incongrus, à croire que l’architecture au fil des siècles s’y est adaptée comme pour démontrer une envie de conserver le passé. Les constructions ont suivi le tracé pour en éviter parfois la destruction, à voir rue Clovis, rue du Cardinal Lemoine, rue du Louvre, Cour du Commerce Saint André, Rue des Francs Bourgeois…

On trouve ainsi des morceaux de mur de l’enceinte dans de nombreuses caves d’immeubles privés mais également chez des commerçants qui n’hésitent pas à les mettre en valeur, ou encore certains lycées parisiens comme Henri IV, Saint Louis ou Charlemagne, ce dernier pouvant se vanter d’un gymnase plutôt atypique avec un pan de mur datant du XIIe siècle ! 

L’enceinte Charles V et Etienne Marcel

Au XIVe siècle, la capitale s’étend de nouveau uniquement sur la rive droite, la gauche étant peu urbanisée. Charles V et le prévôt des marchands Etienne Marcel apportent des modifications en urgence à l’enceinte de Philippe Auguste par crainte des invasions anglaises. Les limites de la ville englobent alors le faubourg Saint Denis, le prieuré Saint Martin des Champs au nord, s’étend jusqu’à la porte Saint Antoine, actuelle place de la Bastille et le quai Henri IV à l’est (Tour de Billy) et englobe le Louvre jusqu’à la porte Neuve à l’ouest.

La célèbre Bastille est construite dès 1367 pour défendre la porte Saint Antoine à l’est. Des vestiges du tracé de l’enceinte Charles V sont encore visibles au Carrousel du Louvre, découverts lors des grands travaux de rénovation du musée dans les années 1990 (ce pan de mur date en fait du XVIe siècle mais suit le tracé de l’enceinte Charles V).

L’enceinte des fossés jaunes

 Au XVIe siècle, Louis XIII craignant les guerres de religion fait renforcer la défense cette fois à l’ouest de Paris. La capitale s’étend alors vers la Bourse et les Tuileries, on peut encore contempler une partie de l’enceinte au musée de l’Orangerie, et en mûr de clôture du jardin des Tuileries (partie basse).

Cette enceinte, dite des fossés jaunes, tient son nom de la couleur de la terre retournée lors des travaux de construction à l’ouest. Un nouveau procédé de fortification voit alors le jour, l’enceinte bastionnée, qui permet une meilleure défense par l’installation de l’artillerie sur les plates formes. 

Gloire au roi soleil

Son successeur Louis XIV mise plutôt, à l’initiative de Colbert, sur un projet d’embellissement de la capitale, il fait donc raser les enceintes de Charles V et des Fossés jaunes.

C’est ainsi que les grands boulevards apparaissent en remplacement des murs. Mais le roi Soleil décide de conserver quelques portes de l’enceinte Charles V, en y apposant des arcs de triomphe à sa gloire, comme celui de la porte Saint Denis ou porte Saint Martin.

L’impôt des Fermiers généraux

Les fortifications refont leur apparition au XVIIIe lorsque Louis XVI fait construire le nommé Mur des Fermiers généraux afin de percevoir un impôt sur les marchandises introduites dans la ville. Il en reste aujourd’hui 4 bâtiments, les rotondes du Parc Monceau et de la Villette, la barrière du trône place de la Nation et la barrière d’Enfer place Denfert Rochereau. Les enceintes de Paris perdent alors leur vocation défensive? Pas encore…

L’enceinte de Thiers et les parisiens

Enfin, l’enceinte de Thiers, construite sous Louis Philippe en 1840 délimite le Paris que nous connaissons aujourd’hui. Sert-elle de moyen de défense contre les armées étrangères ou est-elle construite en vue de dissuader une éventuelle révolte des Parisiens contre le pouvoir royal? Probablement les deux… Un vestige est encore visible à la poterne des peupliers

L’enceinte de 1840 est détruite dans les années 1920. Paris n’a donc aujourd’hui plus de mur d’enceinte mais un boulevard périphérique et deux bois à l’est et à l’ouest qui en dessinent les limites. Les enceintes de Paris ont en tous cas forgé son histoire, à vous d’en découvrir les vestiges!

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